
Journal du 07 décembre 2020
Très beau temps durant deux jours comme au printemps. Plein soleil et déjeuner sur la terrasse sud de la maison.
Mais en dehors de cette exception le temps est maussade et/ou changeant. Le soleil se couche maintenant à 17h30 derrière les montagnes. Alors la chaleur de la journée tombe très vite vers 16°, ce qui me direz-vous n’est déjà pas si mal. Je ne me plains pas rassurez-vous mais en Crète ou ailleurs, je déteste de plus en plus l’hiver. C’est plus la lumière qui me manque que la chaleur même si je déteste le froid.
Les orangers croulent sous le poids des oranges. Les orangeraies sont magnifiques. Nous cueillons des kilos de fruits pour faire des confitures (Monique) et des oranges confites (votre serviteur).
Les oliviers eux aussi croulent de fruits. La récolte a commencé et les oliveraies sont pleines de cueilleurs qui peignent les arbres à l’aide de leurs perches électriques alimentées par des groupes électrogènes. Sur les routes, ce sont des allées et venues de pick-up qui chargent les lourds sacs de jute pleins d’olives pour les apporter aux pressoirs qui fonctionnent en feu continu. Ce sera comme ça jusqu’en janvier. Dès que les olives sont récoltées, les cultivateurs taillent les arbres. Les bruits des groupes électrogènes sont remplacés par ceux des tronçonneuses. Par la suite les rameaux sont brûlés et les grosses branches sont débitées en bois de chauffage pour l’année prochaine.
Nous préparons doucement le retour et je fais le point sur tout ce qui va me manquer, tout en appréciant d’avoir tenu ce blog qui me fera un album de souvenirs et de photos.
J’ai lu récemment un livre assez étonnant de Laurent Mauvignier, Histoires de la nuit, qui se passe sur 24 heures et qui raconte une soirée étrange entre des personnages frustes et des quantités de non-dits qui conduisent à un drame sous des allures parfois grotesques. Le style est étonnant, la narration lente et très précise mais très intéressante et l’auteur réussit à nous faire entrer dans chaque personnage avec sa vision propre. Le narrateur s’efface ou du moins, il est quasiment autant de narrateurs que de personnages sans qu’on ressente de rupture. C’est un livre étonnant dont je conseille la lecture.Et puis, une fois n’est pas coutume, nous avons téléchargé le dernier Goncourt. Je lis rarement « à chaud » un livre goncourtisé, quand je le lis mais cette fois, l’auteur dont nous avons écouté plusieurs interviews et lu des extraits de son livre l’Anomalie nous a vraiment accroché. En plus Hervé Le Tellier est un oulipiste passionnant qui était familier de l’émission des Papous dans la tête avant que cette émission s’arrête il y a quelques années.
J’ai récemment écrit le poème qui suit, en adieu au village crétois où j’aurai vécu durant quinze mois.
MARCHER EN SILENCE
Tu marches dans La Montagne.
Tu arrives au réservoir sur la crête
Le vent est tombé, l’eau clapote apaisée.
Silence et plein soleil !
Saint-Ilias en face veille
Sur les vallées que les herbes parfument.
Les odeurs dansent, sauge, thym, origan
Effluves du fenouil sauvage
Eucalyptus qui bordent le chemin.
Tu marches en silence
Mais tout parle ici à sa manière
Même ton chien qui régulièrement s’assure
En se retournant que tu le suis bien.
Nul autre promeneur, il n’y a pour un paysan,
Aucune raison de ne rien faire.
Qui marche ici cultive l’olive millénaire.
Pourtant ce matin un vieux crétois
Qui ne te voit pas, se glisse, un panier à la main
Dans un coin à champignons de lui seul connu,
C’est sa raison de marcher d'un pas fatigué.
Novembre avance, l’olive est mûre.
La montagne s’anime, arrivent les cueilleurs,
Le paysage s’emplit d’échos sonores,
De moteurs, de groupes électrogènes,
De perches électriques aux embouts rotatifs
Qui peignent les branches d’où tombent les fruits
Dans les filets verts étendus sur le sol.
Tu quittes maintenant les oliviers bruyants
Pour les orangers silencieux.
Dans leurs branches, à côté des fruits mûrs
Demeurent quelques fleurs attardées
Qui exhalent l’odeur du silence retrouvé.
Décembre approche, tu prépares ton retour.
Il te faut quitter le soleil, le vent
La mer Égée et celle de Lybie
Les arbres, les fleurs, les fruits,
Saint Spiridon, Saint Ilias, la montagne,
Les silences partagés avec ton chien
Tout le long des chemins quotidiens.