
Perte d'identité
Je reviens sur une mésaventure à Athènes, en revenant de Venise. Nous prenions le métro pour rejoindre le Pirée pour prendre le soir le ferry d'Héraklion. En descendant de la rame, j'ai constaté que mon smartphone avait disparu de ma banane. Puis après avoir pris du temps pour faire bloquer la puce, en farfouillant dans la banane j'ai constaté que mon passeport avait aussi disparu. Il fallait choisir entre le commissariat central d'Athènes un dimanche en fin d'après-midi pour faire la déclaration de vol et le ferry. Nous avons décidé de partir pour Héraklion et de faire la déclaration le lendemain à Sitia. Mais j'ai appris des policiers qu'il me fallait choisir entre retourner à Athènes pour la déclaration de vol qui devait être faite sur place selon leurs procédures ou, faire à Sitia une déclaration de perte mentionnant que le lieu en était inconnu entre le Pirée et Sitia. Cette solution m'a permis d'acquérir un document qui me permettrait ensuite de faire ma demande de passeport à l'ambassade de France.
L'avantage de tout ça, c'est que j'en ai profité pour faire refaire ma carte d'identité périmée depuis 8 ans. Cerise sur le gâteau, alors qu'en France ça aurait pris plusieurs mois, j'ai bénéficié de l'avantage d’être à l'étranger. Via les services consulaires de l'ambassade de France à Athènes (qui sont équipés comme les mairies), je suis devenu prioritaire faute de pouvoir quitter la Grèce. A ceci près que l'impression des documents se fait à l'imprimerie nationale, donc en France. Mais l'aller-retour n'a pris que peu de temps. Au total, entre le moment où je suis allé au consulat à Athènes et l'arrivée des documents, il s'est passé 15 jours.
En tout cas, sans smartphone, rien d'évident de nos jours, sans compter la perte de toutes mes photos récentes mais c'est le moindre mal.
J'ai ressenti une impression très étrange à l'occasion de cette mésaventure. La perte de papiers d'identité a quelque chose d'inquiétant. La dépossession physique par le vol entraîne une dépossession psychologique, c'est du moins ce que j'ai ressenti. Ainsi lorsque le document déclaratif authentifié par le tampon officiel m'a été remis, je me suis senti soulagé de retrouver une identité officielle.
J’imagine à présent mieux, même si c'est sans commune mesure, ce que peut être la souffrance psychique de personnes qui sont "sans papiers". Mobilité réduite, crainte permanente du contrôle, clandestinité, projets impossibles, avenir bouché.
On a une identité parce qu'on est soi-même et parce qu'elle est reconnue socialement.