LE MOT DU JOUR
Frais comme un gardon est une expression que j'ai récemment utilisée. Elle m'a interpellé au passage et j'ai trouvé l'explication suivante de son origine en croisant plusieurs sources : le gardon, poisson du Gard, peut rester frais plus longtemps que d'autres poissons. L'expression "Frais comme un gardon" coule par conséquent de source, si l'on peut dire.
Hypocoristique est un terme que j'ai rencontré récemment au hasard de France Culture, que j'avais appris lors de mes études littéraires, que je n'ai jamais utilisé depuis. Aussi quand je l'ai entendu dans une émission, ça m'a surpris et je ne me rappelais pas exactement son sens. Je le trouve joli et c'est un mot d'origine grecque Je reproduis ici l’article du site "La langue française :
[HYPOCORISTIQUE, adjectif et substantif masculin.
Linguistique :
Terme qui exprime une intention caressante, affectueuse, notamment dans le langage des enfants ou ses imitations. Redoublement hypocoristique; usage, valeur hypocoristique d’un mot. Les procédés formels employés pour créer des termes hypocoristiques sont par exemple les suffixes dits « diminutifs » (fillette), le redoublement (chien-chien, fifille), l’abrègement des prénoms (Mado, Alec), ou le choix de termes conventionnellement hypocoristiques (fr. mon petit poulet, mon chou) (Mounin1974).
Étymologie et Histoire :emprunté au gr. u π ο κ ο ρ ι σ τ ι κ ος « caressant » et « propre à atténuer.» (Mounin1974).](https://www.lalanguefrancaise.com).
Oxymore. J'ai l'autre jour parlé du mot "éponyme" à la mode mais ça semble fini. Il en est un autre qui suit un chemin parallèle : "oxymore". On ne l’entend plus guère à la radio alors qu'il était à la mode durant quelques années en concomitance avec éponyme. Étymologiquement, oxymore signifie "fin/"épais", c'est donc lui-même un oxymore : il allie deux sens contraires, comme l' «obscure clarté» de Corneille dans Le Cid ou plus simplement dans l'expression "un silence éloquent. J'ai trouvé un distique, A mon goût, à la fois beau et moche ... de Mme de Scudéry (Le cabinet): "À travers la noirceur de l'ombre, qui cache la mer et les cieux, une clarté blafarde et sombre, fait voir l'une et l'autre à nos yeux". Un peu pompeux, non ?
Côte, cote. Il est fréquent à la radio qu'il y ait mauvaise prononciation de l'un des deux mots. Ici l'accent circonflexe permet pourtant de distinguer l'un de l'autre et de les prononcer différemment. "O" fermé ou "o" ouvert, c'est différent. Le sens change et je trouve consternant que des journalistes fassent ce genre d'erreur. J'ai même entendu une poule journaliste pousser son cri : "côt côt côdec".
A ce propos, j'ai regardé l'article "cris des animaux" sur Wikipédia et pour les poules, on y trouve les verbes suivants : cagneter, caqueter, claqueter, cloquer, clousser, cocailler, coclorer, codéquer, coucasser, crételler, glousser. Amusant, non ? Je ne connaissais que "caqueter". Mais le jour où elles en auront, on pourra ajouter que les poules claquent des dents...
Eponyme. J'y pense à cause du mot grec qui a donné éponyme en Français : επώνυμο (èponymo) qui signifie "nom de famillle, patronyme". Depuis quelques années on l'entend à toutes les sauces notamment à la radio pour désigner par exemple un livre qui porte le même nom que son auteur. C'est un contresens parce que ce n'est pas l'objet qui est éponyme mais celui qui donne le nom, comme le mot grec επώνυμο est en quelque sorte l’éponyme d'éponyme (à ceci près que ça ne marche que pour les noms propres comme le montre bien l'étymologie, celui qui porte le nom).
Agis en ton lieu et pense avec le monde. Cette phrase est d'Edouard Glissant, un poète que j'ai découvert en écoutant Thinkerview. Je la trouve très juste. A l'heure des enjeux du changement climatique, quand chacun se demande ce qu'il peut faire, je trouve qu'il y a là une réponse : agir sur ce qui est à notre portée, ce qui n'empêche pas de voir plus loin. Je crois que l'action individuelle, au plus proche de notre environnement (lieu et temporalité), est un moyen pour changer nos propres comportements et convaincre ses proches d'en faire autant et vice-versa.
Polanski : je suis assez consterné par le haro contre le cinéaste. Il a sûrement comme beaucoup dans les années hippies et postérieures (les seventies) exacerbé la sexualité comme beaucoup d’autres dans un contexte particulier qui le favorisait. Ce qui n'est pas pour l'excuser et s'il y a des plaintes contre lui, c'est une affaire de justice. S'il est coupable, il doit être condamné. Mais je distingue l’œuvre et le créateur. Baudelaire méprisait les femmes, Céline les juifs, Picasso sa famille. On ne boycotte pas leurs œuvres. Si on le fait avec Polanski, allons jusqu’au bout. Jetons toutes les autres. Boycotter son film c'est aussi jeter à la poubelle son chef-d’œuvre : Le Pianiste. Boycotter un débat avec Polanski a du sens mais contre une œuvre, ça me paraît totalement déraisonnable. Que la justice passe contre l'homme pas contre un film. D'autant que depuis que j'ai écrit ces mots, j'ai vu le film que je trouve excellent avec des acteurs aussi excellents.
Bienveillance. Un mot qu'on n'a jamais autant utilisé depuis une dizaine d'années. Pour ce qui me concerne, je ne l'utilise plus, tellement il me paraît vidé de son sens, galvaudé, à la mode. Au fait que veut-il dire ? Qu'on agit pour faire du bien aux autres, me semble-t-il. Qu'on veille sur eux.
Ici en Crète j'ai trouvé des gens serviables et profondément gentils. Ça me convient parfaitement. Deux adjectifs que je revendique.
Gentillesse : je me rappelle que dans ma famille très bienveillante on disait de quelqu'un "il ou elle est gentil(lle) pour signifier il est bête mais inoffensif".
A l'origine (moyen âge), l'adjectif gentil (ne pas confondre avec le substantif de l’ancien testament, ie : celui qui n'est pas du peuple hébreu, pas élu) voulait dire noble (d'où gentilhomme), puis riche d'une noblesse de cœur, celui qui veut être agréable aux autres ; bref un synonyme de bienveillant au sens non galvaudé du terme. (Source : dictionnaire CNRTL).
Entendu à France Inter l'écrivaine Danielle Sallenave qui vient de publier un ouvrage sur le mouvement des gilets jaunes. Elle raconte que dans le cadre d'interviews pour son livre, une femme lui avait dit : "Les riches se partagent un gâteau. Nous nous partageons des miettes et d'aucuns cherchent à nous faire croire que des immigrés vont nous les voler". Raccourci certes mais je le trouve extraordinairement parlant.

Gros : avez-vous remarqué que depuis au moins une dizaine d'années on emploie cet adjectif en lieu est place de "grand" ou "d'important". Un gros match pour un grand match, une grosse teuf pour une grande fête, un gros événement pour un événement important, etc. A une époque où l'on voit de plus en plus d'obèses, c'est marrant non ? Bientôt on dira un match obèse.
Compliqué : on l'emploie de plus en plus souvent au lieu de difficile. Ça va être une élection compliquée", un match compliqué, etc.
Clignotants :Les Crétois ont des voitures "sans option clignotant". Je suis frappé de voir qu'en France, c'est de plus en plus fréquent, en Italie presque comme en Crète. C'est évidemment dangereux mais en Crète, je crois que ce n'est pas nouveau. C'est un mode de vie. Ne pas se compliquer la vie...
La circulation en Crète : dans le même ordre 'idée "cool mon gars, cool" deux amis qui se croisent s'arrêtent sans problème au milieu de la route ou de la rue pour converser de fenêtre à fenêtre. A l’inverse ils ne s'arrêtent pas pour laisser passer les piétons. En revanche ils ne sont pas agressifs verbalement comme les Français ou les Italiens.