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Stanislas Engrand

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19 Jan 2020

Sauvé Par Les Livres VIII

Sauvé Par Les Livres

VIII

Notre système de protection avait bien fonctionné mais les mafieux découvriraient rapidement le pot aux roses. Il nous fallait jouer plusieurs coups d’avance. Xénophon aimait le jeu d’échec et c’est lui qui m’en a transmis le goût.

Voici ce que nous allons faire avait dit Xénophon : « je vais les recontacter en leur disant que tu m’avais sollicité, m’avais tout expliqué et que tu avais besoin d’argent pour t’enfuir. Enfin, que tu m’avais vendu le livre à un prix dérisoire au regard de sa valeur. Je leur proposerai de me le racheter le double. Dès qu’ils auront confirmé le rendez-vous, je contacterai mon ami le commissaire de police et lui ferai croire que les deux malfrats m’avaient proposé d’acheter le livre qu’ils avaient volé". Le commissaire pourrait donc les arrêter en flagrant délit et récupérer le livre qui serait restitué aux autorités italiennes. Les deux hommes auraient beau tenter de s’expliquer, ils ne parlaient qu’italien et le commissaire croirait Xénophon.

Mattéo trouvait très plaisant de prendre les voleurs à leur propre jeu bien que ce fût sans pitié mais eux n’en auraient eu aucune pour lui s’ils l’avaient retrouvé.

Le plan de Xénophon marcha au-delà de leurs espérances. Xénophon avait donné rendez-vous aux mafieux à 14 heures le jour dit, dans un kafénion réputé et leur avait offert un mezzé copieux, bien arrosé de Raki puis de vin blanc, en attendant l’heure convenue avec le commissaire pour le constat de flagrant délit. C’est seulement après cette mise en condition qu’il envoya un gamin récupérer le paquet contenant le livre.

Xénophon prit son temps et surtout beaucoup de précautions pour ouvrir le paquet après avoir enfilé ses gants et imposé à ses interlocuteurs d’en faire autant. Mais les mafieux n’avaient que faire du livre en soi qui n’était pour eux qu’une marchandises à récupérer. Ils vérifièrent juste sa conformité avec les informations qu’on leur avait données. Xénophon prit un main plaisir à les mettre sur le grill, leur posant des questions sur ce qu’ils savaient du livre, de sa provenance, de son intérêt culturel et historique. Les deux hommes commençaient à s’agiter impatiemment sur leurs sièges quand le commissaire et ses hommes armés envahirent le kafénion, demandant aux autres clients de quitter l’établissement. Les mafieux tenus en joue durent se soumettre. On leur passa les menottes et tout fut fini en quelques minutes. Ils lancèrent des invectives à Xénophon et le mirent en garde contre la vengeance de la mafia qui ne lâche jamais prise. Il devait s’attendre aux feux de l’enfer. Xénophon leur répondit que les livres l’avaient sauvé de la Grande Catastrophe et qu’ils seraient toujours ses meilleurs alliés contre le danger.

 

A suivre…

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15 Jan 2020

Sauvé Par Les Livres VII

Sauvé Par Les Livres

VII

Mattéo  poursuivit son récit : « Xénophon était comme un enfant fou de joie, émerveillé par ce texte de la fin du quinzième siècle, édité à Florence par deux érudits Grecs. Nous nous installâmes dans le coin-salon de sa librairie, devenue, depuis, la mienne. Xénophon lisait le Grec ancien et me faisait une traduction simultanée. Toute la nuit il me fit la lecture et mon excitation était telle que je ne m’endormis à aucun moment. Bien sûr j’avais lu L’Iliade et l’Odyssée mais dans un banal livre de notre époque. Dans de telles circonstances, c’était une joie extrême pour nous deux, dont Xénophon me remercia quand il eût fini la lecture. « Mon voyage à Venise a ranimé une flamme, tu la ranimes une deuxième fois, béni sois-tu Mattéo ! Vois-tu, moi qui suis vieux et dont le chemin touche à sa fin, j’ai compris depuis la grande catastrophe que le bonheur n’existe pas et qu’il faut savourer tous les moments de joie qui se présentent à nous. Aristote et toi vous m’en avez offert deux, coup sur coup. Pour moi c’est cela le vrai bonheur : aller de joie en joie. Même quand les circonstances te font perdre espoir, une joie peut renaître à tout moment. Dors bien Mattéo, nous lirons l’Odyssée dès que tu seras réveillé ». Il était près de 6h du matin et je m’endormis immédiatement.

Je trouvai à mon réveil Xénophon préparant du café. Il m’en apporta une tasse sur un de ces plateaux orientaux surmonté de trois branches et d’une poignée qu’on peut tenir d’une seule main. Il avait pris des photos du livre et me dit : ce sera un beau souvenir, celui d’un moment vraiment exceptionnel car nous allons devoir le rendre. Oui, bien sûr, dis-je mais le plus tard possible, ce qui le fit rire car il voyait mon impatience à continuer la lecture. Il reprit et de nouveau opéra la magie. Nous étions avec Homère, l’aède contait les aventures d’Ulysse, nous ressentions une excitation joyeuse de cette plongée dans le passé. Et ce n’est qu’après cette deuxième lecture, que nous terminâmes en milieu d’après midi sans avoir pensé à manger, que Xénophon me fit part de son inquiétude parce qu’il avait eu Aristote au téléphone. Ce dernier lui avait fait part que deux policiers italiens me cherchaient. Aristote ne savait pas pourquoi j’avais disparu, tant mieux parce qu’il n’avait ainsi pas eu besoin de mentir aux maffieux qui s’étaient fait passer pour des policiers. Les prétendus policiers l’avaient conduit à l’entrepôt et exigé qu’il ouvrît les caisses mais ne lui avaient pas fait de mal car il ne fallait pas qu’Aristote puisse en parler à Balestracci et que ce dernier découvre la vraie nature de son majordome. Xénophon lui avait expliqué la situation et conseillé de rester très prudent. Il le tiendrait au courant.

Le lendemain, des voisins qui connaissaient bien Xénophon qui avait tissé son réseau dans la ville, l'informèrent que deux italiens le recherchaient. Xénophon dut leur expliquer qu’une mafia sicilienne voulait me voler un livre de grande valeur. Aussitôt ses amis et voisins organisèrent un système de protection. L’enseigne de la librairie fut démontée, des panneaux de bois furent fixés sur toute la façade et on inscrivit dessus : A Vendre. Un peu plus loin, sur la façade d’une maison désaffectée on suspendit l’enseigne et sur la devanture on fixa d’autres panneaux avec l’inscription : « la librairie est fermée pour quelques jours. En cas de besoin contacter le libraire au numéro de téléphone suivant :**********». Une surveillance fut organisée depuis les maisons voisines. Le lendemain arrivèrent les deux hommes. Nous les photographiâmes afin de faire circuler leur photo. Puis quelques minutes après, le téléphone sonna. Un homme baratina une histoire de cousin vénitien qu’ils recherchaient parce qu’il avait hérité d’un vieil oncle. Xénophon leur confirma qu’il m’avait connu à Venise, sans plus. Ils lui demandèrent quand le rencontrer. Xénophon n’en savait rien. Les italiens durent se résigner et lui dirent qu’ils attendraient. On les repéra dans un hôtel d’une rue proche. Xénophon m’exposa son plan pour la suite.

A suivre…

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12 Jan 2020

Sauvé Par Les Livres VI

Sauvé Par Les Livres

VI

« Ma découverte me rendait perplexe. Qui était vraiment le majordome et quelles complicités pouvait-il avoir pour être en possession de cet ouvrage d’une valeur inestimable ? Il ne pouvait intéresser que des musées ou un collectionneur délirant qui cache ses collections à son profit seul. Mais dans ce cas, le collectionneur serait le majordome. Il était peu plausible qu’il eût l’érudition nécessaire pour goûter l’intérêt de ce trésor culturel. Il y avait donc un commanditaire et lui n’était qu’un des maillons dans une chaîne de malfaiteurs. La cache était dans ce cas provisoire et l’ouvrage attendait sagement que les malfrats aient trouvé le collectionneur qui pourrait payer l’ouvrage à un prix astronomique. Que devais-je faire ? Le dénoncer sans preuve à la police ? Tout simplement restituer l’ouvrage ? J’encourrais la foudre du majordome et de son commanditaire. C’était risquer ma vie. En parler à Aristote, c’était risquer la sienne.

Je me résolus à m’enfuir avec le livre. Il fallait donc que je le dérobe à mon tour et que je disparaisse immédiatement. Mais où aller ? Une évidence surgit à ma pensée : j’irai à Rhodes. Xénophon contrairement à Aristote ne risquait pas de représailles, c’est du moins ce que je pensais. Quant à moi, quitte à encourir des représailles, autant disposer d’une monnaie d’échange. Le lendemain, quand j’eus terminé ma mission, j’allai saluer le Comte. Mon bateau partait de Trieste dans la nuit et j’emmenai avec moi l’ouvrage, étonné de pouvoir m’installer sans encombre dans le bateau. J’allais rejoindre Xénophon et lui demander conseil. La traversée jusqu’à Rhodes en passant par Corfou et la Crète fut merveilleuse. Il faisait beau et j’avais l’impression de vivre une aventure extraordinaire. J’imaginai la fureur du majordome quand il aurait constaté la disparition de l’ouvrage.

Lorsque j’arrivai à Rhodes, 2 jours plus tard, il était cinq heures de l’après-midi. Je me rendis directement chez Xénophon qui m’accueillit les bras ouverts. Très vite je lui fis part de la situation. « C’est très dangereux ce que tu as fait mon garçon. Mais que ne ferait-on pour un tel livre, tu as fait le mieux du monde, d’autant que nous allons pouvoir le lire ensemble et nous aviserons ».

A suivre…

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09 Jan 2020

Sauvé Par Les Livres V

Sauvé Par Les Livres

V

Comme je terminais l’emballage des livres, je perdis l’équilibre et heurtai un montant de la bibliothèque. Le choc fit légèrement bouger un panneau de bois. En essayant de le repositionner, je m’aperçus qu’il pouvait glisser sous celui d’à côté et découvris une serrure en bois qui ressemblait à un modèle que j’avais vu dans l’atelier de mon père. Sans clef je ne pus rien faire mais échafaudai un plan. Il me fallait d’abord savoir si le vieux Comte savait que la bibliothèque dissimulait une cache. Je remis le panneau en place en prenant soin de disposer un peu de poussière dans une rainure du mécanisme. Lorsque j’eus terminé le travail de la journée, je fermai la bibliothèque et allai saluer Balestrazzi. Je glissai en riant, dans la conversation, que je n’avais pas trouvé de passage secret dans la bibliothèque. Le Comte s’en amusa et me répondit que s’il y en avait eu, il serait au courant. J’en déduisis qu’il ne connaissait pas la cache. Son majordome qui avait assisté à notre échange, avait ri à son tour et ce n’est qu’en repensant le soir à cet échange que me revint à la conscience son très léger mouvement oculaire quand j’avais parlé de passage secret. Il était certainement au courant de quelque chose. Je revins le lendemain avec un outil spécial. Mon père m’avait appris à ouvrir des serrures avec cet outil. C’était un système de tiges fines coulissant les unes par rapport aux autres et réglables en longueur, qui permettait de s’adapter à la forme de toute serrure. Le lendemain, je pus faire glisser le panneau. La poussière avait été dispersée dans la rainure. Le majordome connaissait donc la cache.

L’ouverture ne prit pas plus d’une minute et me permit de faire coulisser un deuxième panneau sur le fond épais de la bibliothèque en chêne. Une cavité était dissimulée derrière. Là, était stocké un unique épais volume. Je le sortis. Le butin était exceptionnel. C’était une édition princeps en Grec de L’œuvre d’Homère, probablement celle qui avait été dérobée deux ans auparavant à la bibliothèque nationale de Rome. Je remis le livre en place, troublé et excité par la découverte. Je fis glisser les panneaux et m’assis sur une banquette. Il me fut difficile de réfléchir, mon cœur battait trop vite. Je dus respirer lentement pendant plusieurs minutes pour me remettre de cette émotion. Quand j’eus retrouvé mon calme, je rouvris la cache, pris le livre, refermai le mécanisme puis déposai délicatement l'ouvrage dans une caisse afin qu’on ne puisse le voir si d’aventure quelqu’un entrait.

Évidemment on entra, évidemment ce fut le majordome. Le prétexte était parfaitement justifié puisque l’homme m’apportait, comme chaque matin un café et des biscoti aux amandes. Mais c’était plus tard qu’il venait d’habitude. Il trahissait de fait sa nervosité et son impatience de venir me surveiller et vérifier que la cache n’avait pas été ouverte. Il s’en approcha tout en me parlant et déposa le plateau sur le rayonnage en dessous du panneau. De sa main, il caressa le bois en me disant combien il trouvait belle cette bibliothèque réalisée sur mesure par un ébéniste qu’il me cita et dont il me montra la signature gravée dans le bois d’un montant. Nouvel indice que cet homme en savait long. Il était à l’évidence mouillé dans un trafic de livres anciens. Il sembla satisfait de son inspection et me laissa en faisant sourires et courbettes et sortit de la pièce. Si j’avais été adepte de la fameuse « loi » de Murphy  « Tout ce qui est susceptible d'aller mal, ira mal », j’aurais pu imaginer des tas de scénarios catastrophes et pour être franc celui qui se réalisa, ne fut pas celui que j’avais imaginé.

A suivre…

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06 Jan 2020

Sauvé Par Les Livres IV

Sauvé Par Les Livres

IV

Xénophon ne se remit jamais de la mort atroce de sa femme Il ne dormait pratiquement plus mais sa passion des livres le maintint en vie. Il considérait les livres comme des amis toujours présents pour l’aider à supporter les fantômes qui hantaient ses insomnies. Il s’installa de nouveau comme libraire et reconquit en quelques années une clientèle. Sa force résidait dans le réseau de relations qu’il avait su constituer en voyageant et notamment à Venise où il avait aidé Aristote, un ami de Smyrne à s’établir comme libraire avant la grande catastrophe. Le métier à cette époque, ne consistait pas seulement comme aujourd’hui à vendre des livres. Il fallait évaluer et acheter des bibliothèques entières détenues par des familles généralement aristocratiques à l’occasion de successions inextricables ou sans héritiers. L’érudition était indispensable mais pas suffisante. Xénophon était un redoutable commerçant. Il savait vendre mais surtout acheter. Principe simple et de tout temps : acheter le moins cher possible ; revendre le plus cher possible. Ses affaires marchant bien, il voyagea souvent. Aristote et lui se voyaient une fois par an soit à Rhodes soit à Venise. La deuxième guerre mondiale ralentit ses activités qui déclinèrent progressivement. La lecture occupa dès lors tout son temps et l'homme bénissait le ciel de lui conserver une bonne vue. La guerre finie, il ne voyagea plus et n'eut plus que des échanges épistolaires avec son ami de Venise. Mais en 1952, alors qu'il venait de fêter ses 82 ans, Xénophon reçut d’Aristote une courte lettre :

"Mon cher et grand ami Xénophon, prince des libraires, je te salue de toutes mon amitié et viens te faire part d'un problème dont la résolution impliquerait ta présence. Je dois faire une offre d'achat pour un collection inestimable, celle du Comte Balestrazzi, propriétaire du célèbre palais La Ca Meravigliosa sur le Grand Canal. Je ne suis pas en mesure de réaliser à moi seul, l'expertise de cette bibliothèque mythique et connue de tout ce que la Sérénissime compte de bibliophiles. Ton aide, ami si cher à mon cœur, malgré le temps et l'espace qui nous séparent, me serait au plus haut point profitable. Il va sans dire que nous partagerons le bénéfice de cette opération, si tu es d'accord pour te joindre à moi et si ton état de santé le permet. A cette fin, je t'envoie des billets de bateau aller-retour pour Venise. Je t'embrasse, mon très cher Xénophon, et t'attend avec grande impatience en notre belle cité. Ton vieil ami qui t'est si redevable, Aristote.

Xénophon relut la lettre et se mit à son écritoire :

"Aristote, ami si cher à mon cœur, il est inutile que je te réponde longuement pour te dire que bien évidemment je me mets en route. Ma santé n'est pas brillante mais c'est de notre âge. Quand tu recevras cette lettre, je la suivrai de peu et viendrai te serrer dans me bras. Ton fidèle Xénophon".

Les retrouvailles furent magnifiques. "Les deux octogénaires, me dit Mattéo qui était alors depuis peu stagiaire chez le vieux vénitien, étaient comme des frères. Je n’avais jamais vu de vieillards aussi truculents (sic) ».

Les trois hommes se rendirent chez le Comte pour l’évaluation. Mattéo poursuivit  : « Balestrazzi n’avait plus les moyens d’entretenir son palais au bord du grand canal. Il lui fallait céder sa collection de livres anciens. Les deux experts furent éblouis par la richesse exceptionnelle de la bibliothèque en nombre et en qualité. Il y avait des ouvrages rares dont des bibles enluminées du moyen âge, des manuscrits calligraphiés avec des fermoirs en or et, certains, incrustés de pierres précieuses. Pour moi qui venais, à 22 ans, de terminer mes études en histoire de l’art et qui voulais me spécialiser dans les livres anciens, c’était une féerie. Jamais je n’aurais pu imaginer une telle beauté. Les libraires prenaient chaque livre avec un soin infini. Ils m’avaient appris à le faire, me montrant comment me laver les mains soigneusement et comment enfiler des gants de coton blanc désinfectés dans une solution appropriée puis séchés. Mais on ne peut jamais prendre toutes les précautions. Les vieux papiers sont sensibles à l'humidité, aux moisissures et à la sudation des doigts, en fonction de leur ancienneté et de leur composition chimique. Je fus autorisé à manipuler quelques ouvrages sous les yeux attentifs de mes maîtres. L’expertise dura plus d’un mois. Nous nous enfermions dans la bibliothèque. Notre travail commençait dès 7 heures du matin et se terminait tard dans la nuit mais jamais je ne m’ennuyai. Mon travail consistait à photographier chaque ouvrage, les répertorier et noter les premières estimations des experts. Les deux hommes étaient parfois en désaccord et se chamaillaient alors comme des enfants. J’avais l’impression d’assister à une controverse théologique tant les arguments étaient savants, parfois  de mauvaise foi et purement polémiques, destinées à ne pas perdre la face. C’était drôle ces deux octogénaires qui se disputaient et finissaient par en rire. C’était très émouvant. Ils rendirent leur rapport d’expertise au Comte un mois et demi après le début de nos travaux. Il était accompagné d’une offre d’achat. J’avais appris durant ce temps les rudiments du métier. Je revis, aujourd’hui encore des moments entiers de ces jours extraordinaires, quand je réalise une expertise ; ce qui est de plus en plus rare et ne porte plus sur des bibliothèques d’une telle richesse historique et bibliographique ».

Balestrazzi accepta l’offre sans discuter. Dès lors il fallut mettre en caisse et déménager les ouvrages. C’est à Mattéo qu’échut ce travail de manutention. Xénophon resta encore quelques jours. Les deux libraires supervisèrent son travail le premier jour, puis le laissèrent continuer seul après lui avoir fait d’ultimes recommandations. Aristote avait loué un entrepôt sécurisé pour recueillir les précieuses caisses. Les deux hommes envoyèrent des lettres à leurs clients, dont des musées internationaux, avec le catalogue qu'avait fait imprimer Aristote. Quand Xénophon les quitta, les deux hommes s’étreignirent. Xénophon remercia Aristote de lui avoir fait faire ce voyage qui lui avait redonné de l'énergie et du plaisir. Ils  plaisantèrent sur leur peu de chance de se revoir étant donné leur âge. Derrière l’humour, Mattéo perçut la tristesse de Xénophon et promit de lui rendre visite.

Mattéo poursuivit : "je fis appel à un déménageur et à son "bateau camion" d'un rouge magnifique, un Bragozzi, initialement bateau de pêche fabriqué de père en fils à Chioggia, ville et port du sud de la lagune. 14m de long pour une largeur de 4 mètres et un faible tirant d’eau pour pouvoir naviguer dans les canaux ; il avait une énorme barre franche, qui lui donnait un air indestructible. Il était magnifique. Tu vois, Venise c'est ça aussi, une sorte d'atmosphère de beauté immuable, y compris celle des camions. Le travail fut long et fastidieux mais me réserva une surprise incroyable"

A suivre...

 

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