
Pour les vœux 2020, une Nouvelle : Sauvé par les livres
Depuis le 23 décembre, je n'ai plus publié mon journal. Je suis arrivé en Italie le 23 et en France le 26. Un blog qui porte le nom de "Ma vie en Crète", s’accommoderait mal du journal de ma vie temporaire en France au mois de janvier. En revanche, ayant décidé d'écrire une nouvelle à l'occasion des vœux comme je l'ai longtemps fait jusqu'en 2015, avant ma retraite, je remplace mon journal par cette dernière dont j'ai eu l'idée en Crète et que je prends le temps de mettre par écrit durant mon séjour français. Elle s'appelle "Sauvé par les livres" et je la publie à partir d'aujourd'hui quotidiennement sous forme de courts épisodes en lieu et place de mon journal.
Sauvé Par Les Livres
I
L’histoire que je vous rapporte ici m’a été racontée par un vieux libraire qui venait de fêter ses 89 ans. Je fis sa connaissance l’année dernière au mois de septembre 2019 à l’occasion d’un voyage dans les îles grecques, avant de me rendre en Crète où j’avais décidé d'habiter. J’avais pris plusieurs ferries pour les Cyclades puis pour le Dodécanèse dont fait partie Rhodes. L’île est belle mais sa capitale qui porte le même nom (sans que je puisse vous dire laquelle est éponyme de l’autre, cf. "le mot du jour"), est défigurée par ces flots humains, qui descendent des cars de tourisme, eux-mêmes vomis en masse par d'immenses bâtiments de croisières low-cost mondialisées.
Dans Socratou odos, la rue Socrate, vous ne pouvez marcher à votre rythme ; c’est le flux des touristes qui impose le sien. De part et d’autre de votre chemin, des échoppes vous proposent les mêmes produits que dans tout autre lieu touristique et fabriqués en Chine. Produits de mauvaise qualité, souvent laids - au demeurant pas plus que les touristes qui les achètent - et souvent de mauvais goût, comme ces porte-clefs ithyphalliques (cf. le mot du jour) qui font florès. Bien sûr, il est facile de se moquer de ces gens que vomissent les ferries et les cars, qui sentent les mêmes huiles solaire et portent les mêmes tongs. On leur a vendu une croisière, un produit comme dit le marketing ; ils y ont englouti pour la plupart leurs économies. Qui donc me donne le droit de critiquer ces braves gens qui se sont saignés pour une "croisière de rêve" ? Ma réponse est simple : je fais attention à ma manière de voyager. D’aucuns peuvent me traiter de faux-cul puisque je fais aussi du tourisme, mais je m’efforce de quitter les sentiers battus, trop organisés, bêtifiants et énergivores, les croisières ineptes où l’on trimballe sur l’océan des piscines, des casinos, des buffets-à-volonté dont la moitié sera jeté. Bref, on peut faire du tourisme en s’efforçant de le faire intelligemment. Mais mes doutes subsistent quant à la motivation de la plupart, quand j’entends cette affreuse formule : « l’été dernier j’ai fait Rhodes, l’année prochaine je ferai la Croatie. Tu as fait Bali ?», etc. On ne voyage plus, on fait tel pays. Figure imposée des agences de voyage.
Quand je suis arrivé à Rhodes par ferry, après une nuit de mauvais sommeil sur le pont du bateau, faute d’argent pour me payer une cabine, j’ai eu l’impression d’étouffer. C’était à la mi-septembre 2019, il faisait encore très chaud et la foule était comme un bloc compact dans une procession dont le but paraissait moins de visiter la ville, que de faire du lèche-vitrine le long des échoppes standardisées. Les musées me furent des refuges. Heureusement pour l’histoire et la culture, il y avait en leur sein du monde mais pas de foule. Ces touristes là avaient sans doute une approche intelligente du tourisme et le sens de la découverte. Bref je respirais dans ces lieux avant de découvrir plus en profondeur les rues de la veille Rhodes. Et curieusement au moment où je commençais à respirer, un petit diable intérieur me dit : « dis donc vieux schnoque, tout ça c’est normal, cherche bien. Il y a une anagramme de Rhodes qui t’expliquera pourquoi tout ce monde »
Suite demain 02/01/2020.
Le, ou la première qui m’envoie la solution de l’anagramme dans la rubrique « commentaires » aura droit à un exemplaire gratuit de la nouvelle quand je la publierai en version papier.