
Sauvé Par Les Livres VI
Sauvé Par Les Livres
VI
« Ma découverte me rendait perplexe. Qui était vraiment le majordome et quelles complicités pouvait-il avoir pour être en possession de cet ouvrage d’une valeur inestimable ? Il ne pouvait intéresser que des musées ou un collectionneur délirant qui cache ses collections à son profit seul. Mais dans ce cas, le collectionneur serait le majordome. Il était peu plausible qu’il eût l’érudition nécessaire pour goûter l’intérêt de ce trésor culturel. Il y avait donc un commanditaire et lui n’était qu’un des maillons dans une chaîne de malfaiteurs. La cache était dans ce cas provisoire et l’ouvrage attendait sagement que les malfrats aient trouvé le collectionneur qui pourrait payer l’ouvrage à un prix astronomique. Que devais-je faire ? Le dénoncer sans preuve à la police ? Tout simplement restituer l’ouvrage ? J’encourrais la foudre du majordome et de son commanditaire. C’était risquer ma vie. En parler à Aristote, c’était risquer la sienne.
Je me résolus à m’enfuir avec le livre. Il fallait donc que je le dérobe à mon tour et que je disparaisse immédiatement. Mais où aller ? Une évidence surgit à ma pensée : j’irai à Rhodes. Xénophon contrairement à Aristote ne risquait pas de représailles, c’est du moins ce que je pensais. Quant à moi, quitte à encourir des représailles, autant disposer d’une monnaie d’échange. Le lendemain, quand j’eus terminé ma mission, j’allai saluer le Comte. Mon bateau partait de Trieste dans la nuit et j’emmenai avec moi l’ouvrage, étonné de pouvoir m’installer sans encombre dans le bateau. J’allais rejoindre Xénophon et lui demander conseil. La traversée jusqu’à Rhodes en passant par Corfou et la Crète fut merveilleuse. Il faisait beau et j’avais l’impression de vivre une aventure extraordinaire. J’imaginai la fureur du majordome quand il aurait constaté la disparition de l’ouvrage.
Lorsque j’arrivai à Rhodes, 2 jours plus tard, il était cinq heures de l’après-midi. Je me rendis directement chez Xénophon qui m’accueillit les bras ouverts. Très vite je lui fis part de la situation. « C’est très dangereux ce que tu as fait mon garçon. Mais que ne ferait-on pour un tel livre, tu as fait le mieux du monde, d’autant que nous allons pouvoir le lire ensemble et nous aviserons ».
A suivre…