
Sauvé Par Les Livres VII
Sauvé Par Les Livres
VII
Mattéo poursuivit son récit : « Xénophon était comme un enfant fou de joie, émerveillé par ce texte de la fin du quinzième siècle, édité à Florence par deux érudits Grecs. Nous nous installâmes dans le coin-salon de sa librairie, devenue, depuis, la mienne. Xénophon lisait le Grec ancien et me faisait une traduction simultanée. Toute la nuit il me fit la lecture et mon excitation était telle que je ne m’endormis à aucun moment. Bien sûr j’avais lu L’Iliade et l’Odyssée mais dans un banal livre de notre époque. Dans de telles circonstances, c’était une joie extrême pour nous deux, dont Xénophon me remercia quand il eût fini la lecture. « Mon voyage à Venise a ranimé une flamme, tu la ranimes une deuxième fois, béni sois-tu Mattéo ! Vois-tu, moi qui suis vieux et dont le chemin touche à sa fin, j’ai compris depuis la grande catastrophe que le bonheur n’existe pas et qu’il faut savourer tous les moments de joie qui se présentent à nous. Aristote et toi vous m’en avez offert deux, coup sur coup. Pour moi c’est cela le vrai bonheur : aller de joie en joie. Même quand les circonstances te font perdre espoir, une joie peut renaître à tout moment. Dors bien Mattéo, nous lirons l’Odyssée dès que tu seras réveillé ». Il était près de 6h du matin et je m’endormis immédiatement.
Je trouvai à mon réveil Xénophon préparant du café. Il m’en apporta une tasse sur un de ces plateaux orientaux surmonté de trois branches et d’une poignée qu’on peut tenir d’une seule main. Il avait pris des photos du livre et me dit : ce sera un beau souvenir, celui d’un moment vraiment exceptionnel car nous allons devoir le rendre. Oui, bien sûr, dis-je mais le plus tard possible, ce qui le fit rire car il voyait mon impatience à continuer la lecture. Il reprit et de nouveau opéra la magie. Nous étions avec Homère, l’aède contait les aventures d’Ulysse, nous ressentions une excitation joyeuse de cette plongée dans le passé. Et ce n’est qu’après cette deuxième lecture, que nous terminâmes en milieu d’après midi sans avoir pensé à manger, que Xénophon me fit part de son inquiétude parce qu’il avait eu Aristote au téléphone. Ce dernier lui avait fait part que deux policiers italiens me cherchaient. Aristote ne savait pas pourquoi j’avais disparu, tant mieux parce qu’il n’avait ainsi pas eu besoin de mentir aux maffieux qui s’étaient fait passer pour des policiers. Les prétendus policiers l’avaient conduit à l’entrepôt et exigé qu’il ouvrît les caisses mais ne lui avaient pas fait de mal car il ne fallait pas qu’Aristote puisse en parler à Balestracci et que ce dernier découvre la vraie nature de son majordome. Xénophon lui avait expliqué la situation et conseillé de rester très prudent. Il le tiendrait au courant.
Le lendemain, des voisins qui connaissaient bien Xénophon qui avait tissé son réseau dans la ville, l'informèrent que deux italiens le recherchaient. Xénophon dut leur expliquer qu’une mafia sicilienne voulait me voler un livre de grande valeur. Aussitôt ses amis et voisins organisèrent un système de protection. L’enseigne de la librairie fut démontée, des panneaux de bois furent fixés sur toute la façade et on inscrivit dessus : A Vendre. Un peu plus loin, sur la façade d’une maison désaffectée on suspendit l’enseigne et sur la devanture on fixa d’autres panneaux avec l’inscription : « la librairie est fermée pour quelques jours. En cas de besoin contacter le libraire au numéro de téléphone suivant :**********». Une surveillance fut organisée depuis les maisons voisines. Le lendemain arrivèrent les deux hommes. Nous les photographiâmes afin de faire circuler leur photo. Puis quelques minutes après, le téléphone sonna. Un homme baratina une histoire de cousin vénitien qu’ils recherchaient parce qu’il avait hérité d’un vieil oncle. Xénophon leur confirma qu’il m’avait connu à Venise, sans plus. Ils lui demandèrent quand le rencontrer. Xénophon n’en savait rien. Les italiens durent se résigner et lui dirent qu’ils attendraient. On les repéra dans un hôtel d’une rue proche. Xénophon m’exposa son plan pour la suite.
A suivre…